Extrait de l'émission CPU release Ex0231 : lost + found (février 2026).
Durant les prochaines minutes, vous allez m'écouter gloser sur une marque qui a très peu à voir avec l'informatique ou le bricolage, mais que vous gagneriez peut être à connaitre : Le Powerball.
Mais avant d'entamer le cœur du sujet, je me dois de vous informer sur ses dessous : Même si je connais cette marque depuis plus de 20 ans, Powerball
n'est pas du tout un sujet facile à enquêter sur internet. Et vous savez pourquoi ? Parce que le Powerball est aux États-Unis ce que l'on appelle chez nous l'Euromillion. Donc entre les sites officiels, les articles de presse sur les gagnants et bien évidemment la cohorte de sites d'arnaques, il est très complexe de faire le tri dans ce que me retourne un moteur de recherche. Un peu comme jouer au Loto, donc.
Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler de ce Powerball-là, mais de l'autre marque déposée Powerball. D'ailleurs, son constructeur s'est rendu compte de la bévue de nommage en renommant plus tard son produit NSD Spinner. Et vous savez quoi ?
[Fond sonore du téléachat d'une autre époque] Malgré la sauvage coupe budgétaire dont vient d'être victime Radio <FMR>, cette chronique n'est même pas sponsorisée par ladite marque. Parce que de toutes façons, faire du sponsoring sur Radio <FMR> est extrêmement compliqué entre nos dossiers de subventions et l'Arcom.
[À part] Peut-on couper cette musique de télé-achat ? elle n'est pas appropriée. Merci.
Pouf pouf ! Remettons cette chronique sur ses rails d'un vigoureux coup de poignet.
Ceci, le NSD Powerball Spinner, est une toupie à friction.
Pour l'audiodescription, je précise que je tiens en main une boule transparente tronquée de 265 grammes et d'un diamètre de 7 cm. Un bandeau élastique fait le tour de son équateur. On voit en son centre une autre boule opaque au mouvement libre, accessible de l'extérieur par le pôle tronqué de la sphère englobante.
Cette toupie à friction est un accessoire de musculation. Mais pourquoi, par tous les daemons au kernel BSD, parler d'un tel instrument de torture physique dans une émission tenue par des hard-core codeurs, ceux dont le principal muscle est de se retenir de consulter Copilot ?
Cet objet connut son heure de gloire dans les années 2000s. Il fut d'abord vendu comme outil pour les golfeurs semi-professionnels, ces sportifs de haut-niveau qui, en plus de marcher en tirant leur sac de courses, doivent aussi appliquer un mouvement souple mais vigoureux de tout le bras afin envoyer la petite baballe en direction du parking du supermarché de l'autre côté de la route afin d'étoiler le pare-brise de ma Fiat Punto. Ledit golfeur peine généralement à me faire croire que la baballe en métal et plastique est un grêlon.
Si cet appareil de musculation restait archi-confidentiel, le Powerball a fini par atterrir, là aussi on se sait comment, sur une boutique en ligne à destination des développeurs, webdesigners et graphistes de jeux-vidéos. C'était la décennie 2000s où ThinkGeek.com vendaient plus des gadgets utiles quand on travaille sur écran que des figurines à licence. Avec le recul, la régression de ce site de VPC est assez effrayante.
Qui dit pratique intensive du clavier, et position corporelle hasardeuse, dit forcément syndrôme du canal carpien. Le Powerball était commercialisé en tant qu'instrument de rééducation musculaire, ce qui était bien moins cher qu'acheter une chaise ergonomique, un bureau assis-debout et autres aménagements ergonomiques du poste de travail. À l'époque, jeune inconséquent que j'étais, j'ai donc acheté un de ces trucs avec mes sous.
j'ai opté pour un modèle avec l'option compteur de tour digital.
Son manuel est relativement simple : On commence à amorcer la rotation de la boule centrale soit en tirant avec un lacet, soit en armant le ressort que l'on tend en tournant avec les pouces, puis en relâchant la boule centrale.
On le lance, [Un bruit de vombrissement grave s'entend] et tout en le tenant fermement de sa main, on applique un mouvement de rotation du poignet, qui doit être de plus en plus régulier et ample. Par la friction avec la boule extérieure, la boule centrale va tourner de plus en plus vite sur elle-même, comme l'atteste le compte-tour. [Le vombrissement monte dans les aigus]
Très vite, on note le bruit, et alors que la boule centrale prend de la vitesse et que le bruit s'intensifie, des lumières illuminent l'intérieur ; celui-ci devient de plus en plus incandescent et le machin devient quasiment un accessoire d'une série de science-fiction.
Au bout d'un moment, le manipulateur se fait surprendre par le principe de la conservation du moment cinétique : Plus la boule centrale acquiert de l'énergie et tourne vite, plus il devient de plus en plus difficile de bouger l'engin dans l'espace, donc de continuer à faire des moulinets harmonieux avec son poignet. Au point que les premières fois on se dit que si on le lâche, il va rester à flotter dans l'air. Pas du tout ! [Le chroniqueur a une voix qui montre une certaine fatigue lié à l'exercice physique]
Nous découvrons la propriété inertielle d'un gyroscope : Plus il tourne vite, plus il devient difficile à bouger.
Et c'est donc en le montant dans les tours qu'on fait travailler toute la musculature du poignet, du bras et de l'avant-bras.
[C'est d'autant plus fatigant quand on a enregistré la chronique plus d'une fois]
Cet engin, donc, je m'en suis acheté un exemplaire y'a une vingtaine d'années. C'était une époque insouciante pour moi, où le javascript se cantonnait au navigateur web, où j'avais plus de muscles, moins de bide, et où après m'être trémoussé une bonne partie de la nuit sur le dancefloor, quelqu'un me rappelait immanquablement que je me prenais régulièrement des râteaux de filles sublimes dans les spots de pub sur M6.
Le physique est cruel, ma jeunesse est passée, et j'ai moins de Coke™… dans mon verre.
Revenons aux années 2000s. Il m'arrivait durant une pause de faire vrombir mon nouveau jouet dans l'open-space, et très vite, les collègues s'y étaient essayés à mouliner du radio-carpien. À l'époque, je n'étais pas encore développeur professionnel, et autour de moi j'avais des ingénieurs son, des journalistes, des monteurs vidéos, des musiciens qui jouaient du clavier ou de la guitare électrique une bonne partie de la journée professionnelle. Les guitaristes étaient précurseurs en kiné des doigts, ils avaient déjà une haltère de poche : le piano à doigts pour bassistes. Vous savez, c'est une espèce de poignet avec 4 touches indépendantes, un pour chaque doigt sauf le pouce, maintenu par un ressort très dur. Souvent de chouettes objets. Mais le spectacle son et lumière de mon acquisition a motivé mes collègues à se procurer leur Powerball.
Pendant nos pauses dans notre open-space créatif, le but entre copains étant d'arriver à au moins 10 000 RPM (rotations par minute). On faisait des concours de brutasse, tentant de monter de plus en plus haut, au prix de fortes suées et de souffrances contre-productives pour mon chétif poignet. C'était plus drôle que se muscler à déplacer des moniteurs Dell 21 pouces qui pesaient bien plus que la chaise à roulette. À l'époque, l'écran était cathodique, donc lourd.
Nous en étions à nous défier en nous regardant suer et serrer des dents avec cette toupie new-age, quand une copine du studio son, Amina, le prend, le lance, et du premier coup, monte à 12 000 RPM.
Face à l'exploit, nous la regardions avec des yeux énormes et la fierté de mâle alpha brisée dans son élan.
C'est quoi ton truc ?
arriva à baragouiner un guitariste stupéfait.
La mayonnaise maison.
nous répondit Amina, tout en reposant tranquillement l'haltère sur mon bureau et reprenant son activité de croisements de tableaux excels, une maille à l'endroit, une maille à l'envers.
Inutile de vous dire que le respect dont elle bénéficiait déjà à notre étage ne fut que grandissant.
Ce qui nous amène à un point essentiel : l'exercice physique se pratique aussi au quotidien dans certaines tâches ménagères qui devrait plus nous motiver que de vider un tube de Benedicta industrielle. Oui, pour votre santé, mangez plus de mayonnaise fouettée main [accent marseillais] Avecke de l'huile d'oliveuh !
Deux décennies sont passées, j'avais réduit mes soucis de poignet en passant au clavier plat à course courte, adieu mon robuste IBM Model M au bruit de mitraillette qui faisait tant sensation en open-space… et surtout en passant au bureau relevable en position debout. Mais alors, pourquoi parle-je donc de ce Powerball ? Parce que j'avais furieusement envie de le défier à nouveau, suite à des soucis récurrents d'épaule.
Il y a quelques mois, je m'en suis repris un, avec l'option aide au démarrage
car démarrer au lacet, si tu te foires et que tu coinces le lacet dedans, c'est foutu car l'engin n'est pas évident à démonter et encore moins à bien le remonter.
On vous mettra le lien dans la version écrite de cette chronique radio, mais promis juré nous n'avons reçu strictement aucune compensation ni en image, ni en don en nature, ni en commission. Si je mets le lien, c'est que nombre de copies existent, parfois d'une qualité douteuse ; ça et le branding-fail, l'erreur marketing idiote, le nom "Powerball" n'aide pas à retrouver facilement le produit.
(et maintenant que j'ai fini de lire ma chronique, oui, tu peux prendre l'engin pour t'y essayer pendant cette pause musicale. Nous revenons après ceci)
Textes : Da Scritch
Photo : Packshot produit © NSD, D.R.