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Bonjour à toi, Enfant du Futur Immédiat : Gertie, les dinos et l'astéroïde IA

jeudi 9 avril 2026. Chroniques › Enfant du futur immédiat

Extrait de l'émission CPU release Ex0239 : L'IA fait son cinéma, première partie.

Bonjour à toi, Enfant du Futur Immédiat, toi qui te demande pourquoi une grande partie des gens de ton entourage sont très inquiets de l'arrivée de l'IA générative en vidéo. À croire qu'un astéroïde va nous tomber sur la gueule et, dans une explosion cataclysmique, provoquer l'extinction de masse de toute vie artistique… brr…

En 1909 naît le dessin-animé. Le principe est simple : on reprend la technologie du cinématographe, mais on prend une photo après l'autre en changeant atomiquement le dessin qui est présenté devant l'appareil, afin qu'en projection à vitesse normale, le dessin donne l'impression au spectateur de se mouvoir.

Avant ça, il existait des adaptations de lanterne magique, qui utilisent la projection en ombres chinoises de marionnettes en deux dimensions, et le praxinoscope, qui consistait en un cylindre répétant en boucle la même animation, comme un GIF animé.

Or, s'emparer de la technologie du cinéma pour faire du dessin animé, c'est très exactement ce que va faire le dessinateur Winsor McCay, déjà talentueux créateur de la bande-dessinée « Little Nemo in Slumberland » [tu peux même y jouer].
À l'époque, en plus de ses dessins pour les quotidiens, McCay se produit sur scène dans les foires et théâtres devant un public où il fait des dessins en direct à la demande de spectateurs sur d'immenses feuilles.
Sauf que ce soir-là, en plus de ses croquis réalisés à la demande, il dit qu'il va donner vie à ses dessins. Le dessinateur reste sur scène, et va dessiner sur un immense drap un dinosaure, qu'il va prénommer Gertie. Laquelle, sous les regards médusés de l'assistance, va prendre vie, faire quelques tours, mais se rebeller et attaquer le dessinateur qui fuit de la scène en panique, puis le dinosaure ressuscité mange le drap de projection pour s'enfuir dans la jungle derrière. [Note : ce n'est pas exactement ce qu'il se passe, mais je dramatise pour captiver l'attention d'un pitchoun]
Techniquement, l'illusion est parfaite, mêlant le jeu d'acteur du performer et la technologie du cinéma.

À l'époque, le cinématographe était déjà décrié depuis une décennie par une majorité des artistes de music-hall. Tandis que d'autres, tels que justement Winsor McCay ou encore Georges Méliès, vont justement profiter de ce nouvel outil pour créer de nouveaux champs d'expressions créatifs et performatifs.

Enfant du Futur Immédiat… Mais comment ça, [mes] termes sont trop techniques ? T'as qu'à chercher dans le dico !

Nous voici aujourd'hui 115 années plus tard, la teneur du débat entre ceux qui refusent et ceux qui utilisent l'IA générative dans l'audiovisuel sont à peu près aussi tranchés.
Sauf que, la différence est qu'on n'a moins besoin d'un savoir-faire technique puisque des services logiciels ont assimilé, tels des borgs de Star Trek, le savoir-faire de millions d'artisans, d'artistes et de performeurs. Et il y a autant la fascination pour les champs du possible, que la question des métiers qui ont été pillés par de très grandes entreprises, sans rétribution équitable. Et entre les deux, il y a les utilisateurs de ces IA génératives, appliqués à une animation nouvelle vague.
Avec cet étonnant paradoxe : leur travail se nourrit du travail qui a été repompé voir pillé, comme le sera le leur, ce qui pourrait amener à la même situation actuelle d'épuisement du logiciel libre.

Revenons à l'image animée : Le cinéma et les séries-télés sont des œuvres qui peuvent employer des centaines d'artistes, de spécialistes, de techniciens. Et le regard du public est inconsciemment perceptif à la technicité employée pour se plonger dedans. La magie de « Wallace & Gromit » serait très différente si la pâte à modeler n'était pas aussi visible.

Quand tu vois des films d'actions de Hong-Kong des années 1970s à 1990s, t'as une impression physique qu'il s'agit de scènes réelles. Comme dans les cascades de Jackie Chan dans les films « Police Story », tu sens qu'il s'est fait très mal en se recevant à la fin d'une chute spectaculaire. D'ailleurs, tu le vois durant le générique de fin, avec tes acteurs favoris qui ressortent en ramassant une dent, ou ont leur jambe cassée au point que l'équipe de tournage filme l'arrivée en catastrophe de l'ambulance.
35 ans plus tard, quand tu vois une épique bataille rangée de super-héros dans un film Marvel ou DC, au bout d'un moment tu te dis Mais quand se font-ils mal ? ou encore ils ne sont pas assommés à se prendre une accélération dans les airs après un choc pareil ?
Pourquoi on en est venu à ça ? Par la surenchère que nous-mêmes, spectateurs, avons exigé : impossible de faire un film d'une franchise d'action, genre « Star Wars », « James Bond » ou encore « Chronique des Bridgerton » moins spectaculaire que la précédente. Et aussi parce qu'il n'est plus du tout possible de mettre en danger un seul membre du cast, car les assureurs auraient immédiatement bloqué la production du film avant même le tournage de la scène.
Tout n'est plus que doublures cascades ou carrément reconstitution complète de la scène en 3D.

Quand Pixar s'affirme en 1995 comme nouveau venu dans le cinéma avec « Toy Story », le premier long-métrage [distribué en salles, y'en a eu un autre] entièrement en images de synthèse, il va ouvrir des possibilités extraordinaires. Peter Jackson qui, 8 ans auparavant cuisait ses masques d'extra-terrestres dans le four de sa mère pour son premier film « Bad Taste », comprend qu'il va pouvoir adapter le « Seigneur des Anneaux » de JRR Tolkien avec des effets visuels numériques indiscernables. Oui, sans Pixar, point de Wētā Workshop.

Et c'est toute la question de l'arrivée de l'IA dans une chaîne de production : plus besoin de cascadeurs, plus besoin de truquistes, plus besoin de motion-capture, plus besoin de modeleurs de scènes et de personnages, plus besoin d'animateurs 3D, plus besoin de réalisateurs spécialistes de rendus. Par un prompt de moins d'une dizaine de lignes, tu peux organiser un combat à mains nues entre Tom Cruise et Brad Pitt, simplement en prenant un abonnement à SeeDance, le moteur de rendu vidéo en IA générative de ByteDance. En une heure chrono, le temps entre le moment où t'as eu l'idée assis sur ton trône des toilettes (à défaut d'un siège de réalisateur) et celui où t'as envoyé la vidéo produite sur les réseaux sociaux.

Bien sûr que cela pose quelques milliers de questions.

Il y a par exemple les pack-shots, des plans présentation produits, extraordinaires de pubs américaines pour des aliments, des shampoings et des sodas qui sont des effets spéciaux physiques montés par des techniciens incroyables, construisant des machines folles pour filmer les ingrédients d'un burger s'empilant dans un ralenti gracieux. Si si, ça n'était pas de la 3D, va trouver le lien dans la page de la chronique, tu en sera hypnotisé. Est-ce que ce savoir-faire existera-t-il encore dans 5 ans ?

Hayao Miyazaki, le magicien de l'animation japonaise, a utilisé la 3D pour le « Voyage de Chihiro », et son complice Isao Takahata n'a utilisé que l'informatique pour « Nos voisins les Yamada », alors que ce dessin-animé semble entièrement encré et à la gouache. Et pourtant… en 2014, le maître des studios Ghibli a reçu des développeurs d'une solution d'animation par IA d'un squelette de personnages en 3D, afin de réduire les interventions des animateurs 3D. Leur projet visant l'industrie du dessin-animé, des effets spéciaux et du jeu vidéo fait le tour des grands studios nippons pour y entrer voire négocier des droits. L'équipe de dev proposent une expérience amusante en projetant un corps humain désarticulé qui rampe d'une façon grotesque. Le sensei de l'animation mondiale réagit froidement :

Tous les matins ou presque, je vois un ami qui a des difficultés physiques. Topper haut la main lui est très difficile, son bras aux muscles atrophiés manquant la mienne. En pensant à lui, je ne peux regarder votre truc et le trouver intéressant. Qui a créé cette vidéo ne peut comprendre ce qu'est que la douleur ou de telles difficultés. Je suis absolument dégoûté. Si vous voulez vraiment faire un film d'horreur, vous pouvez y aller ! Et je ne souhaite absolument pas intégrer cette technologie dans mes œuvres. J'ai la conviction profonde qu'elle est une insulte à la vie elle-même.
[Extrait du documentaire « NHK Special: Hayao Miyazaki, The one who never ends. »]

Dans la salle de réunion, la délégation est mortifiée par sa colère. Quand les visiteurs expliquent qu'ils souhaitent créer des IA génératives pour produire du dessin-animé, le regard du réalisateur se fige. À leur départ, il lachera

Je nous sens proche de la Fin des Temps. Nous, humains, nous avons perdu la foi en nous-même.
[ibid.]

C'est toujours la même question que les débuts du cinéma : la vie ou l'illusion de la vie elle-même ?
Nous avions déjà abordé le sujet avec Misterfox, quand nous parlions de doublage. Et ce sont des questions qui ont émergées en 1948, quand George Orwell dans son roman « 1984 », imaginait des chansons écrites à la chaîne par les ordinateurs du ministère de la culture.

Enfant du Futur Immédiat, nous sommes face à un Ouvroir du Cinéma Potentiel. Un peu comme quand le réalisateur Jean-Luc Godard va théoriser la Nouvelle Vague avec son film « À bout de souffle », préférant une caméra légère et portable pour ne plus être soumis aux contraintes du tournage en studio, et aussi, pour être honnête, faute de budget. Le réalisateur suisse fait déambuler Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans les rues de Paris ou en voiture sur une route de campagne, avec une liberté de mouvement inédite.
L'IA est une révolution : Nous allons y perdre, nous allons y gagner, et même si rien ne sera plus comme avant, je te fiche ma chronique qu'il y aura toujours des producteurs pour miser sur des productions à l'ancienne.
Pour le beau geste et surtout pour une certaine chaleur ressentie.

Textes : Da Scritch
Illustrations sonores : Wallace & Gromit theme par Lorne Balfe et Julian Nott ; extrait du documentaire « NHK Special: Hayao Miyazaki, The one who never ends. » ; générique par Benjamin Biolay de l'émission « Beau Geste » de Pierre Lescure pour France Télévision
Illustration : making-of de la série Sisters of the seas, © Jean-Louis Cruz, image générée par IA, détail

Pièces jointes

  • 0239-CPU-Enfant-Gertie(09-04-26).mp3

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