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How to : Playstation 5 en PC linux

jeudi 28 mai 2026. Chroniques › How to

Extrait de l'émission CPU release Ex0243 : lost + found (mai 2026).

Le 27 avril dernier, un jailbreak de la console Playstation 5, exploitant une vulnérabilité qui venait d'être corrigée par Sony, permet d'ouvrir le système et de booter dessus Linux.
C'est assez amusant les relations entre Sony et Linux : la PS2 avait un kit officiel Sony pour y installer Linux, la PS3 a d'abord été vendue pouvant booter nativement sous Linux avant que Sony n'en bloque la fonction. La veille de la sortie de la PS4, un patch au kernel Linux par Sony décrivant le driver intégral de la manette Dualshock est accepté par Linus Torvalds. Bref, Sony a toujours voulu aller vers le logiciel libre mais se réfrénait à cause de son business model, à savoir hardware et logiciels verrouillés.

En lisant les infos sur le nouveau jailbreak de la dernière console de Sony, pour une fois, j'ai voulu gratter plus loin sur le sujet. Sachant que je n'ai pas de PlayStation 5 à sacrifier pour expérimenter.
L'idée de la faire booter sous Linux est de transformer la console star de Sony en PC complet de jeu très performant, à un prix nettement intéressant, à une heure où les composants comme les GPU et la RAM sont actuellement hors de prix, merci l'industrie de l'IA générative et surtout les spéculateurs. Alors une machine à 400 € avec 8 cores CPU (16 threads) tournant à 3,5 GHz et un GPU à 2,23 GHz avec 16 Go de RAM en DDR6, offrant l'une des plus grosses bandes passante mémoire du marché, c'est tout aussi intéressant pour faire tourner Cyberpunk 2077 en raytracing que pour dessiner des illustrations avec Krita tout en écoutant Radio <FMR> en streaming.

Le problème de ce nouveau jailbreak reste le même que le précédent : il faut une console qui n'a pas été mis à jour depuis un bail, c'est-à-dire depuis son achat y'a plus d'un an. Ce qui relève de l'exploit car désormais Sony force les joueurs à se connecter tous les 30 jours.
Et ce jailbreak n'est pas permanent, c'est un soft-mod ; si la console est éteinte électriquement, il faudra à nouveau faire la manœuvre : installer une clé USB soigneusement préparée, brancher en réseau isolé la PS5 vers un petit serveur DNS, faire quelques manœuvres dessus et reconfigurer un Linux dedans.

Les jailbreaks et les consoles de jeu, c'est une vieille partie ludique chez les amateurs éclairés et une guerre totale et sans merci chez les constructeurs.
Et quand je dis console de jeu verrouillé, le niveau de protection disséminé un peu partout dans le hardware, le firmware, le système d'exploitation, les jeux et la connectivité réseau dans une console de jeu moderne est absolument intimidant : c'est largement mieux protégé contre les intrusions que votre ordi ou votre smartphone ou même que les serveurs de l'État. Sauf que pour les constructeurs, l'intrus, c'est le client !
Et que des gens décident de chercher un moyen de rooter une console, trouvant des failles au petit bonheur la chance en passant par le navigateur web, ou un nom de fichier dans une clé USB, cela montre l'énormité de la difficulté, mais aussi que par la complexité d'une console de jeu, la surface d'attaque présentera toujours une faiblesse.

Y'a des jailbreak rigolos : Par exemple WiiMac sorti lui aussi en Avril 2026 fait tourner une Nintendo Wii avec Mac OSX, le système d'exploitation d'Apple qui est aussi fermé que le matériel de Nintendo. Double nique, pour des performances euuuuhhhh, très très dérisoires : la Wii, c'est un PowerPC de 2006 à 730 MHz et qu'avec 64 Mo de RAM. Mais l'occasion de rappeler que rien ne vaut la passion de milliers de gens très calés techniquement et qui ont beaucoup de temps libre pour défoncer joyeusement des décisions purement business qui tentent de cadenasser le consommateur. Toute sécurité tombera forcément.
Toute.

C'est un secret de polichinelle que depuis la NES de Nintendo, les consoles de jeux sont vendues à perte, et que Sony vend des configurations très musclées au moment de leur sortie afin de tenir le choc de leur 7 années de vie commerciale.
C'est une des raisons qui a motivé Sony à retirer la possibilité native de booter la Playstation 3 sous Linux : des datacenters se montaient à vil prix avec la bestiole, et donc en partie aux frais de Sony.
Mais par contre, jailbreaker ce type de matériel est très compliqué, et une fois presque libérés, l'usage est ultra-contraignant. C'est justement le cas de celui de la PS5 dont je parlais au début : il faut monter un réseau privé isolé, le temps de jouer l'exploit et éviter que la console ne s'éteigne, sinon elle retombe dans son OS de base et fera peut-être une mise à jour… qui tuera toute possibilité de rejouer ce jailbreak.

On est vraiment sur des contournements de passionnés éclairés.
Mais, après tout, puisqu'on a une base d'architecture AMD64 Ryzen, on peut en faire un PC plus qu'intéressant. Si on se débarrasse complètement du firmware Sony, même en concédant une perte de performance, y'a toujours moyen d'en faire une machine intéressante. En se basant sur sa puce centrale, l'APU qui réuni CPU, GPU et mémoire vive.

A-t-on une source de l'APU de la PS5 sans passer par la console ?

Et ben… oui.

En m'intéressant au monde des rooteurs de PS5, je découvre la scène des AMD Ariel, l'APU de la PS5, plus exactement les puces déclassées avec un ou deux cores défectueux. Des PC de gamers très raisonnables à prix cassé peuvent donc être construits autour de cette carte serveur très spécialisée au format blade, référence ASRock BC-250.

Pourquoi de telles cartes existent ?
Il faut comprendre comment sont gravées les puces de nos engins numériques. Quand un fondeur genre TSMC fabrique à une finesse aussi petite des circuits intégrés, il le fait dans des salles absolument stériles, vides de toute poussière et sur des substrats d'une pureté absolue. Qui n'est pas de notre monde : il y aura toujours une poussière cent fois plus petite que le diamètre d'un cheveu mais 10 fois plus grande qu'un transistor, et le wafer, le disque support de silicium aura beau être très très pur, on aura toujours des accidents dans son cristal. Il se peut aussi que la machine qui grave le wafer aie un léger défaut d'équilibrage, supérieur à la longueur d'onde ultra-violette du laser de gravure, ou que la couche vaporisée de métal soit légèrement imprécise par endroits.
Ce taux de déchet a tendance à baisser avec le temps, grâce à l'amélioration progressive du processus, mais il n'est jamais nul.

C'est pour ça qu'à la découpe des puces gravées sur un wafer, les fondeurs pratiquent tests et tris.
Les cœurs fraîchement fondus sont testés en sortie de gravure, avec une batterie de test pour détecter si un transistor ne bascule pas proprement ou si une ligne data est parasitée par une voisine, invalidant qui le MMU, là un core du CPU ou les primitives accélératrices graphiques. Et les puces recalées sont…
Ben…
On ne va pas les jeter : on a démultiplié le nombre de cores dessus, il suffit d'isoler les cores qui ne sont pas OK, et on les vendra moins cher et moins rapide ailleurs. Il suffit juste de garantir les performances minimales !

Un peu comme des vêtement dégriffés, ici on parle de CPU binning, on trie les puces sortantes par qualité comme l'agriculteur trie par calibre les légumes cueillis et les revend à différents clients : soit en hypermarché, soit à un fabriquant de soupe. Parce que les légumes moches sont comestibles ! Ils sont vendus moins chers sur les étals.
C'est pareil chez les fondeurs de puces, CPU, GPU, APU, DSP, FPGA, microcontrôleurs et baseband. Sauf que ces puces déclassées ne sont pas revendues sous d'autres références par le fondeur genre TSMC mais par le designer de la puce, ici AMD.
Leur concurrent direct sur le marché du PC, Intel pratique lui aussi intensémment le CPU binning : les core i3 et i5 sont des rebus de core i7 et i9 qui n'ont pas tous les petits cores fonctionnels ou n'étaient pas susceptibles de tourner à pleine vitesse…
Sur un wafer pour la puce ultra haut-de-gamme d'Intel i9-10900, équipée de 10 cores à 3,7 GHz, Intel va trier les puces sortantes en 19 références, la plus basse étant la i5-10400T n'affichant que 6 cores à 2 GHz.
Sauf que des fois, la demande en i5 est plus forte qu'en i9, et donc le constructeur bride par firmware des puces ultra-performantes juste pour écouler les stocks. Il est possible par overclock ou en reflashant le firmware de voir si ces cores sont effectivement défectueux. Y'en a qui ont eu de belles petites surprises…

Même pour des puces ultra-spécifiques comme l'APU Ariel que Sony a commandé à AMD comme cœur de sa PS5, Sony n'achète pas les puces sous-qualifiées et refuse qu'elles soient vendues au grand-public, ce qui pourrait faciliter le piratage de titres de jeux AAA ; donc AMD peut les revendre, mais vers un public ultra-professionnel et de niche, sur des cartes-mères prototypes ou des cartes formats serveurs de marque ASRock.

AMD monte donc ces puces déclassées sur des petites cartes-mères de PC qui s'enfichent dans une carte châssis 19 " de fond de panier, plus grande, assurant l'alimentation électrique des cartes enfichées. On appelle ce format des blades, et c'est un format prévu pour les serveurs de datacenters à haute densité.
Celles basées sur l'APU de la Playstation 5 ont été commercialisées sous cette fameuse référence ASRock BC-250.
Et à quoi pouvaient servir en 2020 ces blades avec un tel GPU ultra-performant ? À miner des cryptomonnaies ! Tout plein.
Sauf qu'entretemps, les cryptomonnaies ont changé leur méthode de calcul de preuve, qui était ultra-énergivore et justifiait de s'équiper à très cher et de griller de l'électricité à tout va pour en forger. Heureusement, la cryptomonnaie ne se forge plus comme ça de nos jours. C'est un petit peu mieux, même si le principe reste scandaleux écologiquement. De plus, depuis 2021, la Chine, où sont basées la plupart de ces datacenters, a décidé de s'attaquer aux opérateurs de cryptomonnaies. La plupart ont pris peur et ont eu moins de 3 mois pour démonter leurs installations.
La Chine possède toujours 17 % des serveurs de cryptominage, mais des coups de filet des autorités font que le matos a tendance à être vite exporté ou dispersés par petits lots.

Et que deviennent ces blades ? Ils ont été refourgués sur le marché de l'occasion, à des tarifs bien en-dessous de 150 €. Ce qui, pour un PC de gamer haut-de-game y'a 6 ans, reste d'un excellent rapport qualité-prix, notamment grâce aux spéculations sur les pièces neuves.

Néanmoins, on a des limites : la carte blade en question n'a pas de boîtier individuel à son format, sauf si vous avez un panier rackable en 19 pouces pour accueillir une dizaine de blades. Il faut donc lui construire ou adapter un boîtier. La RAM n'est pas extensible, puisqu'incluse dans l'APU. Idem, pas de prise bus pour ajouter une autre carte vidéo ou autre. Les seules extensions disponibles sont la prise pour mettre un SSD M2 MVNe et 4 prises USB. Quant au Bluetooth et au Wifi, leur fonctionnement est aléatoire aussi parce que la carte du blade n'a pas été prévue pour chopper un réseau sans-fil dans un datacenter, donc l'antenne est très embryonnaire.
AMD a mis sur la carte-mère des composants comme une prise ethernet, une Displayport et 4 USB. Mais pour construire une carte-mère autour d'un APU qui attend plutôt le hardware spécialisé de Sony, AMD a pris des équipements standards de PC, jusqu'au BIOS. Lequel n'est pas au courant que certaines fonctionnalités ne doivent surtout pas être activées car manquantes ou buggées sur la puce.
Celui qui veut allumer une de ces blades BC-250 doit donc lire très attentivement la doc de la communauté sur Github.

Comme convenu, tous les cores de l'APU ne sont pas fonctionnels : on a 6 cores amd64 sur les 8 présents, 24 CU RDNA2 en GPU sur les 32, et entre 8 et 16 Go de RAM DDR6. Ouais, de la DDR6. Une bande passante monstrueuse car accessible qu'au sein du petit carré de l'APU, mais avec une latence non-négligeable. Et surtout cette mémoire est partagée entre les cores généralistes et les CU de la puce graphique. Et elle chauffe de malade, pensez à très bien la refroidir.

Idem, vous la ne ferez pas tourner sous Windows, seul Linux a les bons drivers.
Z'allez pas râler : nombre de jeux AAA tournent très bien sous Linux ! Seuls quelques jeux ne tournent pas car liés soit à des DRM soit à des dispositifs anti-triches très, trop, exigeants, indiscrets et objectivement dangereux en terme de sécurité personnelle. Tant pis pour eux.

Quant au GPU, il lui manque le firmware spécifique écrit par Sony, notamment pour la lecture vidéo prise en charge par le hardware. Cela veut dire que pour vous faire un film en 4K, c'est le CPU qui va surtout tourner, et qu'en plus les DRM de, par exemple Disney+, vont hurler et empêcher son usage.

Mais franchement, même pour une machine bureautique, mettre le prix d'un Raspberry Pi 5 dans une telle carte-mère, y ajouter une alim de 400 W, un bon kit de refroidissement, et un SSD et visser le tout dans un boîtier de récupération retaillé, c'est à la fois pas cher du tout et un exercice marrant. D'ailleurs, le boîtier est souvent réalisé en impression 3D par les passionnés, on en trouve même sur Le Bon Coin !

La doc communautaire officieuse de la conversion du BC-250 en PC gaming sous Linux est passionnante à lire, et indique toutes les chausses-trappes. Vous aurez besoin d'un minimum de compétences en administration d'un PC sous Linux, en plus du sens de la bricole d'un assembleur de PC.

Le seul problème que vous aurez, c'est que vous récupérez une carte-mère d'une puce extrême qui n'a pas été qualifiée premium, et qui entretemps, a tourné quelque temps à pleine puissance chez des cryptomineurs et peut être aussi chez d'autres amateurs pas très délicats. Mais à moins de 200 €, c'est peut être un plan très intéressant.

Alors vous allez me dire qu'entretemps, Sony a sorti la Playstation 5 Pro, qui a de meilleures performances. Donc, logiquement, son APU déclassé doit se trouver quelque-part à prix cassé ?
Eh ben pas encore à ce jour. À notre connaissance… Ce stock doit forcément exister. Je ne serais pas surpris que y'a des malins pour en faire des serveurs pour des applications IA genre génération vidéo par LLM, et que donc, on ne les verra pas d'ici demain.

Textes : Da Scritch
Photo : Carte blade AsRock BC-250 en seconde main mis en vente sur eBay par truenorthcreativesolutions. D.R.

Pièces jointes

  • 0243-CPU-Howto-ps5linux(28-05-26).mp3

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