Extrait de l'émission CPU release Ex0229 : Musée informatique, première partie.
Bonjour à toi, Enfant du Futur Immédiat, toi qui me regarde avec de gros yeux quand je te dis qu'on va aller jouer sur un ordinateur quasi oublié dans un musée.
Honnêtement, oui, je pourrais essayer de ressusciter une de mes vieilles machines, mais ma télé n'a plus de prise péritel, et il me manquera le rendu d'un tube cathodique avec ses pixels ronds comme des œufs baveux.
Et comme qui dirait le docteur Jones…
[Indiana Jones] — Sa place est dans un musée !
[René Belloq] — La tienne aussi !
[Extrait du film « Indiana Jones, les aventuriers de l'Arche Perdue »]
Eh oh, du respect !
Tu veux quoi ? Qu'on joue en émulation ? Oui mais, ce n'est pas exactement pareil : J'aurai toujours la nostalgie, l'amertume d'avoir abandonné ce qui semble être une excellente machine, mais sans ses bugs au quotidien, les temps de chargements escargotesques, le coût prohibitif d'une ludothèque complète et l'absence d'une connexion internet.
Rien que connecter sa prise péritel à l'arrière d'une télé… brr…
Alors que là, on va avoir la proposition de pouvoir défier des inconnus dans un musée à un jeu antédiluvien, pardon antéplaystationesque.
On verra, Enfant du Futur Immédiat, si t'arrives vraiment à faire face à ton tonton sur le Télé-Tennis sur une Thomson ! Et après, tu verras ce que c'est que de jouer après 2 minutes de chargement sur un jeu punitif comme Rick Dangerous !
Et pourtant, tu en redemanderas.
Hep hep hep hep ! Tu diras à tes parents qu'on va dans un musée pour s'éduquer. Tu me comprends C'est é-du-ca-tif ! Comme quand ils ont acheté un micro 8 bits dans les années 1980s. Si si ! C'est l'argument qu'ils ont donné à leurs parents.
Ouais, on y a crû trois secondes.
Dans les coulisses d'un musée, outre les gardiens et médiateurs, il y a mille et un métiers comme celui de chercheur, qui va travailler un champ d'études grâce à la documentation amassée, en faisant tourner un logiciel ou en démontant le matériel ; il y a aussi le métier de restaurateur… Par exemple au Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse, Punch l'éléphant d'Asie empaillé a maintes fois été restauré, depuis qu'il a été ramené en 1907 de la jungle du Tarn-et-Garonne et que la maitresse de maison n'en n'a pas voulu comme carpette à l'entrée.
Et depuis, il a été tellement restauré qu'on dirait objectivement le Christ de Borja quand on compare son état actuel à une photo de son vivant.
Et d'un autre côté, l'extrême fragilité de certaines pièces de collection fait qu'on ne fera jamais n'importe quoi… C'est vrai, quoi ! À qui ça viendrait l'idée de prêter la tapisserie de Bayeux qui est très fragile à des britanniques dont le British Museum n'a même pas la décence de rendre le Parthénon aux Grecs ? Depuis le temps… C'est con : Athènes aurait dû la leur exiger avant d'accepter les conditions du Brexit.
Sur la fragilité des témoins de l'Histoire, on en sait hélas quelque chose : quand nous avons enregistré en 2017 notre émission sur les ordinateurs familiaux du bloc communiste, les copains de Silicium m'ont amené des machines rares qu'ils ont allumées… et l'une d'entre elles n'a plus démarré après cette soirée-là.
Les amis de Silicium ne me l'ont pas dit de suite car ils savaient qu'un tel drame allait me fendre le cœur.
Une petite machine définitivement morte, car les pièces détachées de sovkhoze qualité soviétique sont de plus en plus introuvables : Poutine les chine désespérément pour maintenir ses positions en Ukraine.
C'est quelque chose qu'on a déjà parlé aussi dans cette émission sur un autre problème : La pérennité de l'art web. Là dessus, seule solution : penser à archiver les sites web avant leur destruction. Trop souvent, nous y avons songé que trop tard. Et comme depuis la création du site web de Radio <FMR>, on y a tenu nombre d'expositions virtuelles,… là aussi, c'est nombre de pièces artistiques, de témoignages de la vie culturelle de Toulouse que nous avons perdu.
L'ouverture d'un musée de technologies informatiques reste un événement. Parce qu'il faut beaucoup de savoir-faire pour préserver, faire tourner et expliquer les vieux coucous en question. Et qu'il faut surtout que quelqu'un aie pensé à stocker dans un coin propre et sec ce vieux coucou, ainsi que sa cablerie, ses accessoires et leurs consommables, sa petite logithèque, ses magazines et sa documentation de l'époque. Avec le prix sans cesse croissant de l'immobilier, je me demande si de telles mines d'or seront plus rares dans ton futur.
Cela deviendra aussi une plus grande difficulté quand il faudra sauvegarder les logiciels qui dépendent d'un serveur central ou complètement conçus pour ne fonctionner qu'en SaaS. Là, pas de copie en local possible.
Enfant du Futur Immédiat, tu sais très bien qu'ici, à Toulouse, on a un musée de l'informatique, et je dirais même plus, de l'informatique volante : Aéroscopia. Tu peux y visiter un Concorde et un Airbus A380 et voir la différence technologique entre les deux. Par contre, pas sûr qu'on puisse y démarrer les calculateurs de bords. Hélas.
Un musée de l'informatique, c'est surtout ça : ramener à la vie de vieilles bricoles plutôt qu'empailler leurs dépouilles.
Textes : Da Scritch
Illustrations sonores : Extrait de la V.F. du film « Indiana Jones : Les Aventuriers de l'Arche Perdue» © Paramount, D.R.
Photo : Installation pour l'événement Play By Paris 2018 © MO5, D.R.