Extrait de l'émission CPU release Ex0236 : Doublage robot, seconde partie.
Parlons des techniques et différents types de localisations et d'accessibilité dans l'audiovisuel. Je ne parlerais pas des technologies d'internationalisation et de localisation de logiciels, la stratégie employée mérite une émission en elle-même.
- Pistes audios :
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En télévision analogique, il était possible de diffuser plusieurs canaux audio que dans certains cas : En réception satellitaire, on pouvait pousser jusqu'à 4 canaux stéréo, ou en hertzien via la sous-porteuse numérique NICAM, deux canaux mono.
Pour les formats enregistrés, la VHS HiFi pouvait supporter le Nicam, et les Laserdisc avoir une piste audio numérique différente de l'analogique. Des solutions disponibles que si vos appareils étaient compatibles.
Arrivent les formats purement numériques : En TNT, il est possible de diviser la bande passante prévue pour l'audio en plusieurs pistes son. En pratique, aucun diffuseur n'est allé au-delà de 4 canaux audio. En DVD, on peut compresser l'audio comme un sagouin et proposer 12 canaux audios. En streaming, il suffit de n'envoyer que le bon canal audio, et proposer les points d'entrée vers les différentes versions. - Audiodescription :
- C'est un dispositif d'accessibilité pour les personnes aveugles et malvoyantes. Il consiste en une piste son qui va, en plus des dialogues traduits, décrire ce qui se passe à l'image. À la différence d'une voix de narration, la voix d'audiodescription est faite par un comédien différent. De nos jours, ce rôle est joué presque exclusivement par une synthèse vocale.
- Traduction en langue des signes :
- En télévision, dans certaines conférences mais aussi dans certains spectacles vivants, il est possible d'avoir une traduction en langue des signes par des interprètes. Ceux-ci se relaient toutes les 5 à 10 minutes car la prestation est réellement épuisante. Et la langue des signes varie en fonction de la langue, voire des pays. Pour rappel, il y a une plus forte proportion d'illettrés chez les natifs sourds, hélas.
- Sous-titrage :
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Usuellement, le texte de sous-titrage est affiché en bas de l'image. Pour des raisons de confort, on limite le texte affiché à deux lignes ayant un maximum de 40 caractères, avec pas plus de 20 caractères affichés par seconde de présence du sous-titre. Et que ce texte soit suffisamment grand et contrasté pour être lisible, quelle que soit l'image sur lequel il se surimpose. Les lettres sont en général dans une couleur claire (en jaune ou blanc) avec un liseret, un filet noir sur le contour, et parfois accompagné d'un ombrage ou d'un fond semi-transparent.
On différencie le sous-titrage de localisation et le sous-titrage pour malentendants, car il n'ont ni le même texte, ni le même aspect. - Sous-titrage pour malentendants :
- Le sous-titrage à destination des malentendants présente un texte qui est différent du sous-titrage de traduction : on y trouve des indications sonores, les interjonctions, les répétitions de mots, le texte est parfois positionné sous la personne qui parle, et un code couleur est employé pour indiquer si c'est un bruit, une langue étrangère, une personne hors-champ, un extrait musical ou une indication quelconque.
- Vélotypie :
- Pour le sous-titrage malentendant durant un direct, les chaines de télévision ou les conférences techniques utilisaient jusqu'ici des prestataires de vélotypie, des équipes de transcription utilisant des claviers du type sténographie. Je salue ces spécialistes qui arrivent à transcrire des termes très techniques lors de conférences comme Paris Web ou Devoxx France. Hélas, ces professionnels sont de plus en plus remplacés par de la transcription par IA.
- Open Caption :
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Les sous-titres en
open caption
sontbrûlés
dans l'image. C'est-à-dire qu'il n'y a plus moyen de les en retirer. Du coup, pas besoin d'un décodeur spécifique pour les capter et les afficher, le simple affichage de l'image suffit pour afficher le sous-titrage.
Ce fut la technique utilisée au cinéma argentique, et en télévision analogique, toujours pour la traduction d'une bande-son en version originale. - Closed caption :
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Les sous-titres en
closed caption
sont transmis à côté du signal image puis recomposés et intégrés dans l'image par un décodeur ou un téléviseur.
D'abord arrivé en télévision, puis en DVD et en streaming, il a été conçu en dispositif d'accessibilité pour les personnes sourdes et malentendantes, leur proposant un sous-titrage adapté. Avec l'arrivée du son multipiste, notamment en réception satellitaire, puis en télévision numérique, le closed-caption va permettre de proposer plusieurs sous-titrages de traductions et/ou d'adaptation avec le même signal vidéo. Il y a différentes techniques de closed-caption, je vais en parler, mais pensez à prendre un aspirine avant. - Teletext :
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Teletext était un procédé pour la diffusion en télévision de pleines pages vidéotexte et de sous-titrage en closed-caption, lancé au Royaume-Uni en 1974. Il est encodé dans l'overscan de l'image vidéo, durant le
retour de trame
, le temps que met le balayage électronique pour revenir du bas vers le haut de son écran cathodique.
Ses caractéristiques d'affichage sont à peu près celles d'un ZX Sinclair en mode texte de 40 par 24 symboles, avec la possibilité d'incrustation à l'image pour le sous-titrage. Repris dans d'autres pays, le coût modique de son électronique et de son logiciel fit qu'il devint la norme européenne au début des années 1990s. Mais avec un handicap de taille : on n'a que 96 symboles, on bloque un espace pour changer la couleur, on utilise des charset régionaux, et il ne connait même pas le symbole euro. Oui, c'était les années 1970s.
Le système de transmission est conçu pour la télévision analogique, mais par souci de rétrocompatibilité, il fut adapté pour passer dans un flux MPEG, donc en télévision numérique. Si les services télétexte furent fermés officiellement avec la transmission analogique, on trouve encore des traces de sous-titrage télétexte sur certaines chaines : si le sous-titrage est en caractères à espacement fixes, que parfois il semble avoir des bugs sur les lettres accentués, vous lisez un sous-titrage en rétrocompatibilité Télétexte. - Antiope :
- Antiope était un concurrent du Teletext britannique. conçu en France, qui n'a été utilisé pratiquement qu'ici. Les caractéristiques d'une page Antiope étaient celles d'un Minitel, plus l'incrustation vidéo. Le service fut lancé en 1977, avec de premiers sous-titrages en 1983 mais fut remplacé en 1991-1992 par le Teletext britannique, un poil moins complexe, donc moins coûteux à intégrer dans les téléviseurs et surtout plus répandu dans le monde.
- Sous-titrage MPEG :
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Là, on entre dans le bizarre : le conteneur vidéo MPEG permet d'inclure les sous-titrages en format télétexte historique qui est rendu en police à chasse fixe ; à côté, le standard avait prévu du sous-titrage natif qui supporte l'unicode et utilise la police native du lecteur, et il existait un autre format supporté de sous-titrage où la police de caractère est transmise sous forme d'image raster. Ce dernier format se voit parfois sur des DVD quand le décodeur se rate et où une portion de texte est glitché. Figurez-vous que les deux premiers formats sont toujours maintenus pour la télévision hertzienne et pour la télé streamée.
Et encore, je vous la fais courte : on peut avoir d'autres méthodes selon les implémentations. Et si jamais vous allez travailler dedans, d'expérience, je peux vous dire que c'est assezsurprenant
.
Sur Blu-Ray, on a, en plus, d'autres manières d'intégrer le sous-titrage qui ont été créés spécifiquement pour ce format. - WebVTT :
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Pour le web, une balise HTML audio ou vidéo peut avoir un flux associé de texte timecodé, soit pour le sous-titrage, soit pour des annotations contextuelles, soit pour le chapitrage. En gros, on a un moment de début, un moment de fin, et du texte. Si vous regardez un fichier webvtt, il ressemble étrangement https://en.wikipedia.org/wiki/SubRip au format .srt qui était utilisé pour ripper les sous-titres des DVD. Mais oui ! https://developer.mozilla.org/en-US/docs/Web/API/WebVTT_API/Web_Video_Text_Tracks_Format Le format WebVTT permet un minimum de stylage du texte. Vraiment un minimum. Parce que c'est pas le but.
Comme pratiquement toutes les plateformes de VOD existent aussi en version web, ils ont tous leurs sous-titres disponibles dans ce format, parfois aussi dans leur app native. Oui oui.
Et si vous voulez vous amuser, sachez qu'on a créé un player audio pour notre site web, avec un éditeur de chapitre. Le chapitrage utilisant exactement le même format que pour le sous-titrage, à priori, vous pouvez détourner notre éditeur pour produire des sous-titrages… Mais vous allez vite en avoir marre : je ne l'ai pas du tout conçu pour ça.
Donc, si on résume, en dispositif de localisation et d'accessibilité, vous avez :
- La piste audio originale,
- La piste audio doublée en Français,
- La piste audio en Français avec audiodescription,
- Le sous-titrage diégénétique, dont je n'ai pas parlé,
- Le sous-titrage de traduction en Français de la piste son VO,
- Le sous-titrage en Français pour sourds et malentendants,
- Des pistes vidéos alternatives, dites "autre angle" pour la traduction de texte diégénétique que nous abordons rapidement à propos des Pixar.
Pour le fun, sur le sous-titrage, j'ajoute que, si vous avez le DVD de la première saison de la série britannique « The IT Crowd » (ouais, ça date, elle a 20 ans), vous êtes un veinard ! Vous pouvez jouer avec la traduction : le premier épisode proposait une piste sous-titres en l33t, augmentant encore la portée des gags. Dans les épisodes suivants, le texte est chiffré, et cachait, entre autres, comment retrouver dans le DVD un programme pour émulateur ZX Spectrum, avec un jeu qui faisait gagner une invitation sur le tournage de la deuxième saison.
Hélas, vous ne trouverez pas ces sous-titres sur les plateformes vidéos.
Et oui, y'a eu un couple gagnant, et ce fut même l'objet d'un accident hilarant.
Textes : Da Scritch
Photo : Matt Keefe, CC-By Matt Keefe