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  • Extrait de l'émission CPU release Ex0085 : Histoires de la cryptographie, 2ème partie : Le mystère d'Enigma.

    "Durant la Première Guerre Mondiale, les services militaires britanniques avaient fondé une unité de casseurs de codes, la Room 40, plus tard officiellement nommée Government Code and Cypher School (GC&CS). Son principal spécialiste, Dillwyn Knox, n'avait pas attaqué Enigma sur le plan mathématique comme le firent les Polonais mais à l'ancienne : par la linguistique. Il lui a fallu plus d'une dizaine d'années pour concevoir une méthode de cassage fonctionnelle.
    Suite à la réunion avec les services secrets polonais en Juillet 1939, la GC&CS vit qu'elle allait avoir besoin de beaucoup de place, car leur effectif allait beaucoup s'agrandir. Ils ouvrirent de nouvelles installations dans le parc d'un manoir à côté du village de Bletchley, situé à 70 km au nord de Londres.

    Ainsi naquit : Bletchley park, le premier campus technologique.

    Cette ferme transformée en manoir en 1883 venait d'être vendue à un promoteur immobilier qui comptait tout raser. Le terrain fut discrètement racheté en 1938 par l'Amiral Hugh Sinclair, Directeur du renseignement naval et chef du SIS. Surement le besoin d'air frais : Londres a été bombardée par les zeppelins Allemands durant la Grande Guerre. De plus, la capitale de l'Empire Britannique était un vrai nid d'agents doubles : on y comptait une minorité non négligeable d'allemands et certaines hautes sphères britanniques affichaient des sympathies pro-nazies.

    Bonjour l'Amérique !
    Ici, Joe O'Hara pour C.B.A. en direct de Londres où le spectre du fascisme plane sur les quartiers du West End.
    Je réside dans le très luxueux hôtel Halcyon, et je suis en mesure de vous révéler que cette semaine, des hommes d'affaires très importants, des aristocrates, des hommes politiques ont pu se voir dans le plus grand secret afin de discuter de la possibilité d'un accord avec Adolf Hitler en personne.
    [extrait VF de la série « The Halcyon » épisode 1, réalisateur : Stephen Woolfenden]

    Note : oui, je sais que cette série est hyper-romancée, mais de telles réunions eurent bien lieues.

    Le 15 Août 1939 eu lieue à Bletchley Park une étrange partie de chasse, avec des officiels du gouvernement, des spécialistes du renseignement et une foultitude d'universitaires. Il se trouvait que, comme par hasard, Bletchley était idéalement desservi par la Varsity Line, une ligne de chemin de fer reliant Oxford à Cambridge… Les deux très grandes universités de l'Empire Britannique… Le hasard…

    Le GC&CS avaient déjà passé un week-end dans le manoir durant la Crise de Munich en 1938 ; mais désormais, l'affaire est nettement plus sérieuse. Pour loger tout ce beau monde, on construit vite une vingtaine de huttes en bois et une dizaine de blocs en briques ; des bureaux comportant chacun sa spécialité, son projet de recherche ou son domaine précis d'écoute. Les communications de l'Axe étaient interceptées par un important réseau d'écoutes radiophoniques tout le long de la côte, il est vrai que mettre un forêt d'antennes sur le manoir aurait mis la puce à l'oreille…

    Bletchley Park employait non seulement des mathématiciens, mais aussi des linguistes, des cruciverbistes, des électriciens ou parfois littéralement n'importe qui… Et la méthode de recrutement du GC&CS consistait à placer des puzzles dans la presse nationale. Eh ben oui, les coding dojo et les hackathons furent utilisés comme outils de recrutement par les services de renseignement britanniques dès 1940…

    Les débuts héroïques en plein blitz Allemand se feront au papier et au crayon, par une armée principalement féminine de casseuses de code. Oui, les trois quarts de l'effectif de Bletchley Park était des femmes. Il devint vite urgent d'industrialiser le cassage, le code changeant chaque jour et différent pour chaque armée.
    Alan Turing va reconstruire les bombes des polonais, réfléchir au problème de manière plus globale en cherchant des mots-clés, et faire fabriquer des séries et des séries de ses bombes électromécaniques.

    Un budget conséquent, tenu confidentiel et soutenu directement par Wiston Churchill. Dès 1940, les bombes de Turing cassent quotidiennement le chiffre Enigma des armées de Terre et de l'Air. En Octobre 1941, alors que fait rage la bataille de l'Atlantique et que la marine Allemande fait tout pour couler le ravitaillement des îles Britanniques, l'équipe de Turing casse la version améliorée à 4 roues utilisée par les sous-mariniers. Le rôle capital du renseignement électronique permit d'éviter une capitulation, gagnant du temps jusqu'à l'engagement Américain dans la guerre.

    [Alan Turing] — Et si… Et si Christopher [l'ensemble des bombes cryptologiques de Turing] n'avait pas besoin de tester toutes les combinaisons… Et si il devait chercher uniquement dans celles qui produisent des mots dont on sait déjà qu'ils vont être dans le message…
    [Peter Hilton] — Des mots répétés… Des mots prévisibles !
    [Alan Turing] — Exactement !
    [Joan Clarke] — Tiens, regarde, comme celui-là : 0600 aujourd'hui temps clair . Pluie dans la soirée. Heil Hitler.
    [Alan Turing] — Oui, c'est ça… Exactement ! Ils… ils envoient un bulletin météo tous les jours à 6 heures du matin, et donc il y a 3 mots dont on sait qu'ils seront dans chaque message de 6 heures.
    [Extrait VF du film « The imitation game »]

    L'anecdote racontée dans le film « The imitation game » est vraie : tous les jours était émis un message avec toujours le même texte au début, weub null seqs null null, bulletin météo de 6h pile. Les Anglais ont loué la précision Allemande : ces 21 caractères n'ont jamais varié. Cette faiblesse non pas dans le code mais dans son usage, permit d'accélérer considérablement le cassage des paramètres des codes du jour, et donc d'avoir dès le milieu de la matinée les messages décodés en temps réel.

    À ce moment-là de la guerre, l'Angleterre est l'unique belligérante, les États-Unis se refermant dans un non-interventionnisme qu'ils garderont jusqu'au bombardement de Pearl Harbor. Le ravitaillement des îles britanniques est donc entièrement à la merci des U-boots teutons ; il est donc primordial pour l'affamée Albion de connaître les mouvements de la marine Allemande.
    Les informations dévoilées par Bletchley Park sont si capitales qu'il est absolument vital pour la Grande Bretagne que la source reste la plus secrète possible. Il ne faut surtout pas que les Nazis découvrent qu'Enigma est cassée, et il faut rendre anodin Bletchley Park. Non seulement par peur des espions Allemands, mais aussi par celle des sympathisants d'un rapprochement avec Hitler. Winston Churchill impose donc dès août 1939, la création d'un niveau de secret supérieur à tout les autres, dite top secret ultra. C'est sous l'accronyme ULTRA que seront sourcées les prévisions de mouvements des armées nazies.

    Afin de maintenir le doute, il ne faut pas être totalement exact. L'État-Major doit accepter que de précieuses vies et des navires soient coulés par les U-boat Allemands. Un réel dilemme, à la hauteur de l'enjeu.

    Parallèlement aux bombes, d'autres appareils furent créés pour casser les autres codes, certains électromécaniques, puis électroniques, comme Colossus, le premier calculateur qui forcera le code Lorenz, utilisé par l'état-major d'Hitler en 1944.

    Du côté Américain, les Bombes de Turing furent reconstruites sur les plans fournis par les Anglais. Les industriels américains construisirent des machines plus importantes et surtout sans les soucis d'approvisionnement en matières premières avec lesquelles durent composer les Anglais.
    Le 7 Aout 1944, les équipes d'IBM présentèrent le premier ordinateur programmable, il est probable qu'il ait aussi servi aux opérations de décryptage.

    Le rôle primordial de Bletchley Park ne fut révélé qu'en 1974 avec « The Ultra Secret », le livre en partie autobiographique de Frederick Winterbotham. Le débat public s'ouvrit et le travail des historiens pu commencer. Les informations concernant le travail effectué à Bletchley Park ne seront totalement déclassifiées qu'en 2000.
    À un moment laissé en déshérance, Bletchley Park est devenu un musée en 1993. Il comporte actuellement une collection de machines à chiffrer et des reconstitutions fonctionnelles des Bombes et de Colossus.

    L'adresse n'est plus secrète, elle est même fléchée après la sortie de Sundon sur la M1, en prenant la nationale A5.
    Pour les services actuels d'intelligence électronique du GCHQ, envoyez votre CV à Hubble Road, dans le village de Cheltenham. Ou sinon allez sur leur site web www.canyoucrackit.co.uk .
    Oh Tiens ! Encore un cryptochallenge…

    Auteur : DaScritch
    Photo : Bletchley park. CC BY SA Harry Wood

    Pièces jointes

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