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  • Extrait de l'émission CPU release Ex0085 : Histoires de la cryptographie, 2ème partie : Le mystère d'Enigma.

    Un nom n'arrête pas de revenir quand on parle de la machine Enigma et de Benchley Park. Ce même nom revient quand on parle des théories amenant à la programmation et à la construction des premiers ordinateurs.

    Tout part d'un papier théorique :
    En 1936, Alan Turing propose une expérience virtuelle qui sera appelée ultérieurement machine de Turing.
    Il complète en cela les théories émises au début des années 1930s par Alonzo Church sur le lambda-calcul. En soi, il démontre qu'on peut créer des opérations qui peuvent effectuer d'autres opérations. Il reformule les travaux de Kurt Gödel sur la calculabilité d'un problème mathématique dans un espace donné avec ses constructions intellectuelles, nettement plus simples…

    OK, vous n'avez pas compris.

    Dès 1936, Turing propose une expérience de pensée, par lequel il définit les notions de programme informatique et de chaine de données.

    En 1936, Alan Turing a seulement 24 ans, il est le gourou.

    Que vous ayez vu ou pas le film The Imitation Game, je vous fais un résumé de ce qui y manque :
    Alan Turing est né en 1912 à Londres, s'intéresse énormément aux sciences, alors que les universités britanniques favorisaient plus les cursurs sur les lettres et les sports. À 22 ans, il reçoit le titre de fellow du King's College de Cambridge pour une brillante démonstration du théorème central limite.
    Marginalisé car il est vraiment passionné, ne rentre pas dans le moule et n'est pas très passionné par les filles. En soi, il est un vrai geek.

    Mais il est tellement brillant sur les mathématiques qu'il est recruté en 1938 par la GC&CS, l'équipe de déchiffrement des services de renseignement britanniques.
    Turing s'y fait vite remarquer, et fera partie de la représentation britannique lors de la réunion avec le Biuro Szyfrów polonais, ayant le niveau mathématique pour comprendre leur méthode de cassage du code Enigma.

    En 1939, il se lance dans un rafraichissement des bomba kryptologiczna polonaises, ajoutant des raccourcis de calculs. Il est entouré d'autres brillants étudiants en mathématiques de Cambridge : Welchman et Pandered. Ils construiront leur version de la bombe cryptographique, une machine électromécanique en modules parallélisés pour casser automatiquement Enigma.
    Alan Turing… a 28 ans.

    En 1943, en raison de sa connaissance exceptionnelle des machines à casser les chiffres, il est envoyé par la GC&CS chez leurs homologues aux États-Unis. Il va aider à construire une copie de ses bombes cryptanalytiques, notamment en montrant que la commande initiale de 336 bombes unitaires pouvait être réduite à 96 bombes. Des simplifications mathématiques qu'on appelle de nos jours une refactorisation logicielle.
    Ses travaux mathématiques vont permettre de casser le code Lorenz de l'état major Nazi.
    C'est aussi à l'occasion de son séjour professionnel aux États-Unis qu'il découvre les premiers calculateurs électroniques. Lesquels ne sont pas encore des ordinateurs, puisque le programme n'est pas chargé dans la mémoire centrale, mais câblée manuellement.

    Revenu en Angleterre en 1945, il est embauché à la National Physical Laboratory pour concevoir l'Automatic Computing Engine. Il y découvre le rapport du groupe de chercheurs menés par John Von Neumann sur la conception informatique qui est lui-même basé sur… la machine qu'Alan Turing avait théorisé 10 ans plus tôt. Les principales évolutions étant que dans la machine de Von Neumann, il y a :

    • une unité logique,
    • une unité de contrôle,
    • une mémoire qui contient à la fois le programme et les données
    • et un système gérant les entrées et sorties.

    Oui, là, on n'est vrrraiment pas loin de nos ordinateurs modernes !

    Alan Turing a dans l'idée de réaliser un prototype complet, mais celui-ci demande beaucoup de ressources à mobiliser en une fois : il estime le devis à 11 200 £, environ 1 million € actuels. Mais contrairement à un service de renseignement militaire en temps de guerre, une telle somme est très difficile à obtenir pour un labo civil dans un Empire Britannique ruiné par la Seconde Guerre Mondiale. De plus le fait qu'on ne connaisse pas ce qu'a fait ce jeune homme de 34 ans depuis sa sortie de fac n'aide pas à faire avancer le dossier ! Eh oui, Benchley Park est classé Top Secret Ultra, avec ses travaux et ce qu'il a vu en Amérique.
    Du coup, il se brouille avec ses collaborateurs qui voudraient plutôt commencer par des prototypes moins dimensionnés et Turing claque la porte du NPL.
    Le premier prototype du Automatic Computing Engine fonctionnera en 1950, avec une horloge de 1 MHz et une RAM de 128 mots de 32 bits. L'ordinateur le plus rapide du monde à l'époque. Avant même la mise au point du modèle définitif, des industriels se bousculent pour l'acheter.

    En 1950, Turing écrit sur l'intelligence artificielle, et propose notamment son fameux test de Turing, qui doit permettre de montrer si un programmme informatique atteint le niveau de conscience d'une intelligence humaine.
    Il prédit que d'ici l'an 2000, il sera difficile de différencier les deux intelligences via son test. Il ne s'est pas trop trompé.
    Parallèlement, il écrit un algorithme de jeu d'échec, et passe aux mathématiques appliquées à la biologie avec un papier d'autorité sur les bases chimiques de la morphogenèse. Le rôle de l'ADN n'est pas encore expliqué, mais ses travaux ont permis d'en préciser le rôle.

    Malheureusement, il se fait cambrioler en 1953, et les conséquences de ce fait-divers sont catastrophiques. La police retrouve le visiteur du soir, qui a agit sur indication d'un de ses ex. Car Alan Turing est homosexuel. Et cette orientation sexuelle est encore punissable dans le Royaume-Uni des années 1950s, par une loi de 1885 qui a mené Oscar Wilde en prison. L'amoureux transit et Alan Turing se retrouvent devant un tribunal qui les condamne pour « indécence manifeste et perversion sexuelle ». Or le Royaume-Uni est encore traumatisé par l'affaire des 4 de Cambridge, 4 agents doubles œuvrant pour les soviétiques et qui venaient de ce centre universitaire ; comme Alan Turing vient lui aussi de Cambridge, son procès est médiatisé dans une atmosphère malsaine, et donc mené à charge dans ce sous-entendu.

    S'il eu de nombreux témoignages de moralité de la part de collègues et amis, hélas, ils ne purent absolument pas expliquer en quoi le rôle d'Alan Turing fut extrêmement important pour la victoire sur les Nazis : l'obligation de secret ne fut levée que durant les années 1970s.

    Alan Turing est donc condamné à suivre un traitement de castration chimique, aux effets désastreux : lui qui était sportif va devenir gros et surtout dépressif. Même en étant nommé à la Royal Society depuis 1951, sa réputation d'indécence pour l'époque va l'écarter de projets importants, ce qui ne va pas aider son moral.
    Il meurt empoisonné au cyanure le 8 Juin 1954, dans un probable suicide. Il n'avait que 41 ans et une société rétrograde a tué un génie important du XXème siècle.
    Ils nous a laissé le concept de Machine de Turing qui régit les ordinateurs actuels et le Test de Turing sur la différentiabilité entre une I.A. et un être humain.

    Il ne fut gracié de sa condamnation pour homosexualité par la Reine Elisabeth II qu'en 2013. Il ne sera donc reconnu comme héros de guerre que plus de 50 ans après son suicide.

    Auteur : DaScritch
    Photo : Alan Turing, étudiant à l'Université de Cambridge. Domaine public (?) auteur non crédité

    Pièces jointes

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