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  • Extrait de l'émission CPU release Ex0093 : Histoires de la cryptographie, 3ème partie : Des espions et des ondes.

    Un émetteur radio extrêmement puissant déchire les fréquences en été 1976. Il envoie un bruit répétitif extrêmement désagréable, rapidement surnommé russian woodpecker, pic-vert russe, moulinette à caviar ou encore mitraillette à caviar. Un bruit déjà entendu depuis 1963, mais épisodiquement, à une puissance largement moindre.

    L'émetteur, qui semble basé en Ukraine en URSS, était si puissant qu'il pouvait brouiller dans l'hémisphère nord les grosses radios, les tv, les radars de l'aviation civile, et des services de communications, mais aussi les lignes téléphoniques longues distances en Europe et aux Amériques, les liaisons modem inter-cités de l'Arpanet… Malgré les plaintes adressées à Moscou par les autres pays et au mépris des règlements internationaux, ces parasitages continuaient, changeaient de fréquence sans prévenir et brouillaient d'autres utilisateurs légitimes des gammes d'ondes squattées. Même Radio Moscou s'est retrouvée brouillée.

    Et évidemment, faute d'explications officielles du Kremlin, les théories ne manquaient pas de l'autre côté du Mur de Berlin : est-ce une tentative d'attaque d'infrastructures de communication en cas de guerre ? une expérience d'observation météo ? voire… de manipulation de la météo ? ou même un système de contrôle de la pensée ! aaaaaAAAH … qui sait ? Attention : l'abus d'alcool est dangereux pour la crédibilité.

    Nettement plus sobres, les militaires de l'OTAN avaient déjà identifié l'usage, photographié par satellite les installations qui étaient tout sauf discrètes… une intention voulue.

    Le pic-vert russe a pour vrai nom Dugar Radar, un radar militaire capable de surveiller en dessous de l'horizon, c'est à dire au-delà de la courbure de la Terre, grâce aux propriétés de certaines longueurs d'ondes qui peuvent rebondir dans les hautes couches de l'atmosphère. Basé en Ukraine, il surveillait l'éventuel décollage des missiles balistiques en Amérique du Nord. Bon évidemment, si lesdits missiles avaient décollé, il était beaucoup trop tard… Avec un peu de chance, un ou deux auraient été interceptés, mais l'unique action qui reste à faire est plutôt de balancer son propre stock de méga bombes nucléaires. Auto-destruction mutuelle assurée. You-pi.

    On va reprendre le son tel qu'il fut enregistré à l'époque. Chaque impulsion comporte un code identifiant, qui est codé en alternance de phase, à l'oreille on ne peut que percevoir certaines sautes. Ce code pseudo-aléatoire permet de filtrer :

    • les échos dans l'atmosphère, ce qui fait gagner en précision ;
    • le signal des stations opérant légitimement sur la même fréquence qui est squattée ;
    • et les signaux parasites d'éventuelles stations brouilleuses.

    Mais où est basé ce radar ?

    Imaginez une structure immense, dantesque…
    Un échafaudage métallique de tubes et d'antennes de 146 mètres de haut (la hauteur d'un immeuble de 50 étages, la moitié de la Tour Eiffel !) étalée sur 750 mètres de long, des dizaines de milliers de tonnes d'aciers spéciaux. L'antenne réceptrice est un monument posée sur la forêt de conifères. L'émetteur est à une certaine distance, ainsi que des dispositifs annexes.

    Le hic ? Cette station émettrice est très puissante et demande une énergie électrique colossale : parfois 10 MW de puissance ! Pas étonnant qu'elle parasitait les lignes téléphoniques d'autres continents… Pour donner une idée, l'émetteur France Inter Grandes Ondes à Allouis, un des plus puissants en Europe, émettait avec 2 MW. Pour tirer une telle puissance, il vaut mieux être au plus près d'une centrale électrique conséquente. Et justement, un des 3 groupes émetteur/récepteur était situé à une dizaine de kilomètres d'une centrale nucléaire. Celle de Tchernobyl !

    Eh oui, ce n'est pas uniquement parce que la zone est extrêmement dangereuse qu'elle fut classée militaire après l'explosion ! En fait, une partie de la zone l'était déjà avant : à son pic d'activité, 1500 militaires, techniciens et scientifiques s'activaient sur cette base, vivant dans une ville fermée, secrète, comme l'Armée Rouge en a construit des dizaines.

    Suite à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les activités de cette station furent basculés en urgence en Sibérie Orientale. La tragédie à côté de l'émetteur nourri encore de nos jours de fumeuses théories du complot.

    En 1989, les dernières trames furent émises, l'usage de satellites de veille avait rendu obsolète ce système radar depuis longtemps. Ajoutons la tendance politique vers une désescalade nucléaire, la perestroika, la chute du mur de Berlin, et bientôt… la dislocation de l'URSS.

    La structure existe toujours, la zone militaire aussi, les radiations aussi. Cela n'empêche pas des fans d'urbex de braver la Zone d'Exclusion pour grimper sur les barreaux d'acier du monument.
    Au mépris du danger de mort, par chute ou radioactivité.

    Texte : DaScritch
    Photo : Installation du Duga Radar, détail, Alexander Blecher cc

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